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La chaire UNESCO de philosophie de la culture et des institutions à vocation européenne de l’Université paris 8 associée au Laboratoire des logiques contemporaines de la philosophie tente d’articuler les conditions culturelles et institutionnelles de l’avenir de l’être humain.L’homme d’aujourd’hui ne semble plus avoir d’avenir. Car la fin de l’histoire transparaît à travers l’accès à finalité néo-libérale de l’histoire : sous l’aspect d’une privatisation économico-politique du monde, appelée abusivement "mondialisation". Celle-ci confirme le diagnostic porté par Max Weber sur le devenir de l’humanité : elle valide la réduction de la rationalité éthique à une rationalité fonctionnelle, appliquée cette fois à l’histoire elle-même. Le seul calcul qui meuve cette mondialisation vise à une maximisation des gratifications au moindre prix possible. Ses résultats sont validés en temps réel : par l’oracle du marché, par un oracle justifié par le consensus expérimental réglant l’adaptation des rapports sociaux aux progrès scientifiques et techniques. Ses effets sont désastreux et repérés depuis longtemps comme crises de rationalité, de légitimation et de motivation, et, plus profondément comme une désorientation complète, due à la neutralisation des institutions et du psychisme et devenue patente avec les phénomènes d’injustice mondiale, de paupérisation et d’exclusion généralisées. Cette mondialisation force pourtant l’humanité présente à admettre qu’elle ne peut se reconnaître en cette image, et ce, pour la première fois de son histoire. Incapable de se reconnaître en ce "dernier homme", l’humanité est confrontée à elle-même comme problème culturel. Elle se voit contrainte d’admettre la fausseté de l’image philosophique qui, à la fois, l’oblige à tenter de s’y reconnaître et lui interdit de le faire : l’identification de l’homme à son idéal moral, poursuivie comme volonté de soumettre à l’esprit l’être irrationnel de désirs, de passions et d’intérêts auquel elle réduit l’homme comme être sensible, visant par là à assurer l’être humain sa propre maîtrise de lui-même à la façon dont celui-ci parvient à maîtriser scientifiquement et techniquement le monde. L’expérimentation culturelle et totale à laquelle s’adonne l’homme pour accéder à cette maîtrise de lui-même recèle pourtant la solution de ce problème et ce sont les éléments de cette solution qu’entendent analyser ces tables rondes. Parce que cette expérimentation tente d’instaurer un consensus communicationnel et démocratique et y reconnaît sa seule source de légitimation, elle ne lui montre en effet la fausseté de cet idéal moral de maîtrise de lui-même et l’incapacité d’y trouver la source d’une harmonie avec lui-même qu’en lui révélant comme constitutive de lui-même la dynamique de communication à laquelle la déficience de ses coordinations biologiques à l’environnement l’a contraint à s’adonner pour créer institutions et psychisme à l’image de cette communication, rendant insignifiants aussi bien cet appétit de maîtrise de soi que la frustration infligée aujourd’hui à cet appétit par la mondialisation. La philosophie, les lettres, les arts et les sciences humaines qui ont réfléchi cette expérimentation et ses résultats comme des phénomènes culturels ont découvert peu à peu que le jugement qu’active l’homme dans l’expérimentation qu’il tente de lui-même, le fait toujours déjà sortir de ce rêve de maîtrise, lui fait surmonter l’aveuglement du consensus et cet échec mortel de l’histoire en soumettant au jugement de vérité les formes nouvelles de vie qu’il s’invente, car cette expérimentation se fait nécessairement par le détour d’un jugement de vérité porté sur les formes de vie expérimentées ainsi que par le partage de ce jugement de vérité. Cette expérimentation de l’homme a appris en effet que l’homme n’était pas ce composé d’esprit et de corps qu’en avait fait la philosophie en le fixant à la tâche de faire son histoire en instaurant une maîtrise de son esprit sur son corps et ses désirs, mais qu’il était au contraire, comme corps, comme affect aussi bien que comme esprit, un être de communication avec lui-même et avec autrui, c’est-à-dire un être qui ne peut se fixer à ses actions et à ses désirs qu’en reconnaissant qu’il est aussi objectivement ses actions et ses désirs qu’il juge qu’il est ces actions et ces désirs et peut le faire reconnaître à autrui. Il ne peut donc s’y fixer qu’en faisant partager le jugement d’objectivité qu’il porte à leur égard comme il le porte à l’égard de ses connaissances : ces actions et ces désirs ne peuvent donc être l’objet d’un vouloir arbitraire, mais rentrent nécessairement dans l’ensemble des rapports nécessaires qui lient les hommes au monde et les phénomènes de ce monde entre eux. Cette expérimentation totale de l’homme lui fait donc reconnaître l’erreur qui est au cœur de l’idée de culture moderne, de l’idée d’une maîtrise de l’esprit par lui-même. Comme être de communication, il reconnaît ainsi nécessairement qu’il est impuissant à s’approprier une fois pour toutes l’exercice et les résultats de ce jugement et de ce partage de vérité comme code juridique, moral ou politique sous l’appellation de règles juridiques, morales et politiques car il ne peut soumettre arbitrairement l’occurrence de cet accord d’objectivité et de vérité au simple vouloir, individuel ou collectif, de le produire. Il est aussi impuissant à se l’approprier qu’il est impuissant de s’approprier une capacité artistique créative, une écriture littéraire féconde, un jugement philosophique infaillible, plus généralement, une communication réussie du seul fait qu’il accepte de soumettre son vouloir artistique, littéraire, philosophique ou expressif à des règles données. C’est ainsi que l’expérimentation pragmatique et consensuelle de l’homme par lui-même fait découvrir que l’être humain ne peut atteindre les fins qu’il avait fixées à l’histoire : qu’il ne peut s’ajuster une fois pour toutes à lui-même, mais que l’exercice partagé d’un jugement de vérité sur ses actions et ses désirs, est la seule instance d’ajustement à l’action qui lui soit accessible lorsqu’il donne lieu à une vérité aussi objective qu’il affirme qu’elle l’est. Confrontés à cette erreur, à cette incapacité et à ces découvertes, les arts, les littératures, les philosophies, et plus généralement, les cultures de la communication ont donc développé une autre culture que celle que désirait produire la modernité. C’est la dynamique de cette culture qui contient en réserve le seul avenir que l’homme puisse se construire, qu’entendent analyser ces tables rondes à partir d’une perspective transculturelle et transdisciplinaire, apte à situer les uns par rapport aux autres les apports des diverses cultures et des disciplines universitaires qui en réfléchissent l’évolution. |