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Inactualités de l’utopie ? Hommage à Miguel Abensour
Inactualités de l’utopie ? Hommage à Miguel Abensour.
Journée d’étude doctorale de l’ED « Pratiques et théories du sens » préparée par Marie Cuillerai et Patrice Vermeren le mardi 17 mai 2011, de 9h à 18h, Paris 8 Amphi X. Argument : Nos contemporains savent-ils encore lire les utopies ? Autrefois célébré pour sa capacité émancipatrice, l’écart utopique n’est-il pas aujourd’hui donné comme paradigmatique de la domination totalitaire, et soupçonné de véhiculer le mythe de la bonne société réconciliée et devenue transparente a elle-même ? Et ceux qui s’opposent a cette haine de l’utopie ne sombrent-ils pas souvent dans l’excès contraire : une valorisation acritique, voire une exaltation naïve de l’utopie ? Pour sortir de cette mise en scène agonistique qui conduirait directement à l’annonce de la fin des utopies, n’y aurait-t-il pas lieu, comme le propose Miguel Abensour, de relire la tradition utopique sous condition de sa pluralité, pour mieux la penser autrement ? La question deviendrait alors : « Qu’en est-il de l’utopie, mouvement par lequel l’homme ou le collectif se détournent de l’ordre existant pour se tourner vers un monde nouveau, vers l’expression imaginative d’un monde nouveau, selon les termes de Marx quand il exprimait son admiration pour Charles Fourier et Robert Owen » ? Quel statut donner à cet autre savoir, à cette pensée en vue d’atteindre « la possibilité de possibilités autres, de découvrir un devenir autre, le non-identique ou le tout autre social », sortir de l’être en tant qu’être vers l’autrement qu’être (Emmanuel Levinas) ? Ou bien, avec Walter Benjamin, l’utopiste comme guetteur de rêves est-il saisi par l’ambiguïté de l’utopie, entre le sommeil et le réveil, l’ancien et le nouveau, transformant l’image de rêve en image dialectique, sous condition de l’énoncé énigmatique : « l’arrêt est utopie » ? Cette journée d’études doctorales s’attachera a interroger les conditions d’une lecture des textes des utopistes et / ou la nécessité d’une doctrine du discours utopique. En portant l’accent sur la lecture de l’utopie nous souhaitons susciter un dialogue entre différentes traditions historiques et culturelles, mais aussi entre les différentes grammaires « insurgeantes » des utopies, utopies républicaines, utopies féministes, utopies monstrueuses etc….Elle sera l’occasion de confronter différentes hypothèses de lecture sur les formes de l’utopie socialiste-communiste. Celle de Miguel Abensour qui, depuis ses premiers écrits, soumet obstinément les textes des auteurs qu’il lit - (Pierre Leroux, Blanqui ou Walter Benjamin, La Boètie et Pierre Clastres, Saint-Just, Marx, Arendt, Levinas, etc.) - à un processus de libération qui viserait a les sauver, fut-ce contre eux-mêmes, faisant appel a leurs lignes de fuite et a leurs noyaux sans cesse irrésolus, preuves « en acte » d’un sentiment utopique jusqu’à y voir, avec Horacio Gonzalez, un geste de défi qui emprunte quelque chose du sentiment général de la conspiration ? Celle de Arturo Andres Roig, lequel, quant à lui, assume dans l’utopie, la violence du langage : le décentrement du sujet articulé au possible de la convivence humaine. Celle de Jacques Rancière, considérant que l’utopie n’est pas une négation simple, mais une double négation : « ce n’est pas seulement le non-lieu d’un lieu, c’est le non-lieu d’un non-lieu, l’utopiste n’est pas celui qui dit : « fuyons la réalité », mais plutôt « assez d’utopies, consacrons-nous aux choses réelles » ». Et énonçant aussi qu’il ne faut pas nécessairement de l’utopie pour enclencher l’action démocratique, mais qu’à l’inverse c’est l’action démocratique qui crée son propre horizon utopique. Programme :
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