Le social est-il soluble dans le web ?Technologies et instrumentations du vivre ensemble
Appel à contributions : "Le social est-il soluble dans le web ?Technologies et instrumentations du vivre
ensemble"

Projet d’ouvrage accepté chez Hermès-Lavoisier dirigé par Estrella Rojas
Issu des communautés informaticiennes, l’imaginaire
de la société en réseau fondée sur des rapports égalitaires et coopératifs
apparaît dès la fin des années 70. Les réseaux numériques sont pleinement et
depuis leur origine des dispositifs sociotechniques, au sens où ils contribuent à
articuler les réseaux humains.
Par ailleurs ils mettent en œuvre des systèmes
symboliques dans lesquels sont inscrites de manière souvent opaque des
représentations et des prescriptions des pratiques socio-culturelles qu’ils
instrumentent. Depuis ces considérations, l’usage abondant et relativement récent
de l’expression web social et de ses dérivés peu apparaître comme un truisme et
mérite d ‘être scrutée de près, tout comme les construits socio-techniques qu’elle
désigne.
Pourquoi cette expression tend-elle à s’imposer avec autant de force
aujourd’hui, que ce soit dans le langage de la communauté scientifique, dans celui
des professionnels de la communication, du marketing, de la médiation, ou des
entreprises ?
A l’unisson, les acteurs des champs professionnels accolent le
qualificatif social à web, jeux, plateformes, réseaux, applications, marketing,
commerce, medias... Passeport ou talisman, l’expression tautologique se répand
dans un contexte qui voit triompher des mastodontes tels que Facebook et Amazon
(en avril 2010, pour la première fois Facebook dépasse Google en quantité de pages
visitées), tandis que parallèlement la blogosphère semble s’essouffler (diminution
des blogues et des rétroliens, et notamment désaffection nette de la
jeunesse...). Alors que les frontières entre monde physique et monde informé
numériquement (réalité augmentée, services mobiles et géolocalisation), entre
êtres vivants et êtres techniques (nanotechnologie, robots simulant des êtres
vivants...) tendent à devenir plus poreuses et incertaines, l’association du
prédicat « social » aux substantifs évoqués tend à produire un effet de
naturalisation de la technique qui écrase les niveaux de l’humain et du technique,
tout en épuisant sémantiquement le ‘social’. Dès lors, étudier ces ‘expressions
écran’ et ce quelles désignent et travaillent passe à la fois par une approche du
social comme un construit en mouvement fait d’associations inédites entre êtres
(humains, techniques, symboliques...) de manière à questionner finement les
articulations entre pratiques sociales et instrumentations techniques.
La ‘solubilité’ du social dans le milieu technique invite-t-elle à observer la
disparition d’un corps dans l’autre ? la propagation d’un corps dans l’autre ? la
fusion parfaite de deux corps ? la perte de substance d’un des corps ?
Les évolutions sociotechniques évoquées, comme la propagation terminologique soulignée
ici ne sont-elles pas l’indice d’une tendance de fond dans le processus
d’industrialisation de la culture et du symbolique, qui s’empare du vivre
ensemble, et donc touche au plus profond les processus de développement de
l’individuel et du collectif ? Quelles peuvent en être les transformations, les
répercussions sur l’humain et sur le social ?
- Axes : Les propositions de contributions pourront développer différents angles
d’approche de ces phénomènes de grammatisation du social et de leur empreinte sur
les pratiques :
- Approches réflexives et modélisations théoriques des dispositifs
technologiques relationnels
- Approches théoriques apportant une mise en
perspective historique, épistémologique, sociologique, éthique, philosophique
- Approches réflexives sur les outils méthodologiques et cadres épistémologiques
pour penser le design des technologies relationnelles, qu’elles soient
techno-sémiotiques, sémio- pragmatiques, sociologiques, ethnologiques,
informatiques, cartographiques, ergonomiques, psycho-cognitives...
- Analyse des discours et de leur circulation dans la sociétéAnalyses de dispositifs
socio-techniques comme milieu pour les pratiques :
- Travaux analysant
l’instrumentation technique de l’engagement, de la participation, de la
contribution, de l’action collective et les modalités d’existence du collectif au
sein des dispositifs réticulaires
- Analyses scrutant les langages
logico-mathématiques et leur empreinte sur les pratiques
- Etudes de cas présentant
des formes d’appropriation (que ce soit des formes d’adoptions innovantes ou des
adaptations à l’injonction technique) de grammatisation du social par les acteurs
de l’entreprise, des industries culturelles, des institutions culturelles,
politiques ...
- Analyses de travaux d’artistes numériques proposant des
expériences esthétiques et réflexives sur ces dispositifs et autour de ces
questions- Travaux sur les applications émergentes hybridant réel et virtuel,
homme et technique, avatars et ‘robots de compagnie’ du point de vue de la
relation
- Travaux analysant les superpositions d’intentionnalité en jeu dans les
dispositifs socio- techniques et notamment les modèles économiques et les enjeux
sociaux et politiques.
- Modalités de participation
- Un résumé (approx 1000 mots), accompagné d’une
bibliographie - Textes complets de 40 000 à 50 000 signes
- Les propositions feront
l‘objet d’une sélection et d’un processus de relecture en double aveugle
- Calendrier
- 15 mai : Réception des propositions sous la forme d’un résumé
- 15 juin : Réponse aux auteurs
- 30 septembre : remise des contributions
- 30 novembre : réponse aux auteurs
- 30 janvier : remise de la version définitive
- Comité scientifique :
- Serge AGOSTINELLI Professeur des Universités SIC, LSIS UMR CNRS
6168, Aix-Marseille Université, Laboratoire des Sciences de l’Information et des systèmes
- Jean-Hugues BARTHELEMY Epistémologue, Directeur des Cahiers Simondon
- Serge BOUCHARDONMCF en SIC, Université de Technologie de Compiègne, COSTECH équipe EPIN
- Didier COURBET Professeur des Universités SIC, Université Aix-Marseille II
directeur de recherche IRSIC, EA 4262 et Pôle Méditerranéen de l’ISCC - CNRS
- Eric GUICHARDMCF HDR ENSSIB, Equipe réseaux, savoirs et territoires de l’ENS, chargé de
programme au Collège International de Philosophie
- Jean-Paul KARSENTY Economiste au
CNRS, Centre Alexandre-Koyré de recherche en histoire des sciences et des
techniques (UMR 8560)
- Yann MOULIER BOUTANG Professeur des Universités en sciences
économiques, Université de Technologie de Compiègne, Directeur Adjoint du COSTECH
EA 2223
- Bernhard RIEDER Assistant Professor, Department of Media Studies, University
of Amsterdam
- Pierre Michel RICCIO Docteur en SIC HDR, responsable opérationnel du
centre de recherche LGI2P de l’Ecole des Mines d’Alès
- Estrella ROJAS MCF SIC,
Université d’Artois, Laboratoire Paragraphe EA 349, Equipe Ecritures
ethypermédiations numériques
- Alexandra SAEMMER MCF SIC, Université Paris 8,
Laboratoire Paragraphe EA 349, Equipe Ecritures et hypermédiations