La pensée décoloniale latino-américaine et caribéenne : prolégomènes à une réflexion sur la capitalité 07.12.2018

Journée d’études
avec la participation d’O. IRRERA (LLCP)

Maison de la Recherche
28 rue Serpente Paris 6ème

salle D035

La pensée décoloniale latino-américaine et caribéenne.
Prolégomènes à une réflexion sur la capitalité

 

 

Depuis l’accélération des contacts entre les diverses régions du monde, Europe, Asie, Afrique, symboliquement marquée par l’année 1492 et l’entrée en scène de l’Amérique, une pensée dite moderne et éclairée a vu le jour en Europe, et s’est répandue sur d’autres continents. Cette pensée des Lumières prétendue universelle a été articulée dans les écrits d’auteurs qui conjoignaient des ressources intellectuelles, matérielles et symboliques tournées vers l’essor d’une nouvelle économie et qui étaient, malgré leurs ambitions transcendantales et leurs idéaux humanistes, ancrés dans une perspective classée, sexuée, racialisée et territorialisée.

En Amérique latine, vers la fin des années 1990, un groupe d’intellectuels issus de différents pays entame une réflexion autour du binôme « modernité/colonialité ». Des échanges de ce groupe de travail résulta la pensée décoloniale, un nouveau courant de pensée d’importance équivalente à celle du tournant postcolonial anglo-saxon. Encore peu connue en France (cf. les travaux de Capucine Boidin, Philippe Colin), la pensée décoloniale, une pensée « frontalière », entame une profonde réflexion, à partir du « Sud », autour des relations entre pouvoirs, savoirs et géographies, problématique du genre, montrant comment la décolonisation politique n’a pas signifié une décolonisation des esprits, des savoirs, des langues, des corps, des images et des relations spatiales. Axée sur une dimension épistémologique, elle propose un pluriversalisme ou une diversalité horizontaux qui cherchent dans les expériences locales des alternatives à l’universalisme vertical occidental et à la mondialisation néo-libérale.

Dédiée à l’étude et à la discussion de cette pensée décoloniale, cette journée se veut une contribution à la mise en place de bases théoriques et de bibliographies exploratoires qui cadreront la thématique quinquennale du Crimic : « Penser la capitalité ».

Dans cette journée d’études, on reviendra ainsi sur les auteurs – Walter Mignolo, Ramon Grosfoguel, Enrique Dussel, Anibal Quijano, Aymara Silvia Riviera Cusicanqui, María Lugones, Xochitl Leyva, Catherine Walsh, Arturo Escobar, Nelson Maldonado Torres, Edouard Glissant – et sur les concepts-clés : colonialité du pouvoir, transmodernité, désobéissance épistémique, pensée de frontière, décolonisationdessavoirs, géopolitiquedela connaissance, déliaison, diversalité. On essaiera aussi de trouver des filiations et des connexions dans la longue et moyenne durée : des révolutions portées par les peuples du « nouveau continent » jusqu’à l’œuvre de Frantz Fanon, E. W. Said ou les études subalternes. Elles pourront, en outre, nous aider à comprendre la capitalité à partir des lignes de tension que dessinent les géographies raciales, sexuelles, de classe, les topographies urbaines, notamment celles qui concernent les capitales et leurs lieux centraux, ainsi que les mots et les images (en mouvement) qui les expriment ou les combattent. La pensée décoloniale est, en ce sens, une géopolitique de la connaissance.

 

PROGRAMME

 

9h30 Ouverture par Nancy BERTHIER (directrice de l’UFR d’Études ibériques et latino-américaines), Miguel Rodriguez (directeur du CRIMIC), équipe organisatrice

10h Conférence d’ouverture Modérateur. Michel Riaudel

  • Capucine BOIDIN (Sorbonne Nouvelle, IHEAL), « Lire et interro- ger des manuscrits coloniaux en guarani avec les approches dé- coloniales ? »

11h30 Modernité et colonialité du pouvoir Modératrice. Natalia Nuñez

  • Orazio IRRERA (Université Paris 8), « L’histoire hétérarchique et la colonialité du pouvoir. L’analytique foucaldienne du pouvoir d’après Santiago Castro-Gomez »
  • Jim COHEN (Université Nouvelle-Paris 3, CREW), « Porto-Rico : réinventions du lien colonial, de McKinley à Trump »

14h30 Savoirs locaux, histoire globalesModératrice. Clémentine Lucien

  • Claire JOUBERT(Université Paris 8, TransCrit), « Notes sur l’his- toire épistémique des Subaltern Studies, de l’Inde à l’Amérique latine »
  • Maria-Benedita BASTO(Sorbonne Université, Crimic), David JURADO (Sorbonne Université, Crimic), « W. Mignolo, géopolitique des images et dé-liaisons : Chuva é cantoria na aldeia dos mortos (Les morts et les autres) (2017), de Renée Nader Messora et João Salaviza, et We Must Be Dreaming (2016), de David Bert Doris Jhert »

16h30 Capitalité, décolonialité Modératrice. Maria-Benedita Basto

  • Clémentine LUCIEN (Sorbonne Université, Crimic), Corinne MENCÉ-CASTER (Sorbonne Université, Crimic), « Langue, capitalité, décolonialité »